18 sept. 2007

Ca fait "pam".

"Connard."

Ethan se tourne vers moi, l'air complètement choqué et interloqué. Bah quoi? J'ai encore le droit de dire ce que je veux, et ce que je pense, non? Mais quelque part, je comprends aussi. Il a été élevé par des parents vraiment stricts qui ne lui ont jamais laissé passer le moindre gros mot. Et ce qui m'épate le plus, c'est qu'il s'y tient. Il ne jure pas, même une fois sorti du territoire sacré de la maison de ses parents. Il est un peu bizarre, quand on y pense, mais je l'aime bien quand même. C'est mon meilleur ami, après tout.

"Pourquoi tu dis ça?"

"C'est Bouddha, ce con avec son air tout gentil, il m'a encore saqué à l'interro."

Il a un sourire de sage, Ethan. Le genre de sourire qui laisse sous-entendre le "je t'avais bien dit de bosser". C'est facile à dire quand on est fils unique et qu'on est, comme lui, né avec une cuillère en argent dans la bouche, et une dorée dans le derrière. Mais il sait pas, lui ce que c'est que de vivre en HLM, avec des triplés de cinq ans qui courent dans le minuscule espace qui nous sert de maison. Tout ça parce que ma mère a décidé de refaire sa vie. Je la comprends, après le divorce, elle aurait eu tort de se priver. Mais là, ça fait beaucoup, quand même.

"Tu sais, si tu travaillais pendant les cours, au lieu de dormir, peut-être que..."

"Ne pense même pas à finir ta phrase."

Je le coupe, parce que je sais ce qu'il va me dire. Il me le répète depuis longtemps, déjà. Et quelque part, c'est un peu devenu une blague entre nous. Il lève ses mains devant lui, dans un geste très connu dans le monde du football, genre "j'ai rien fait". Et on se sourit. Je l'aime bien, Ethan. Même s'il me corrompt et me force à rester à l'intérieur du lycée, pour bosser, alors qu'on pourrait sortir se promener en ville...

"Ewen !"

C'est Carla, qui arrive en courant aussi vite que le lui permettent ses escarpins à talons aiguilles. Je me demande toujours pourquoi elle s'obstine à porter des trucs pareils pour aller au lycée. Et à chaque fois, c'est quand elle arrive devant moi, le souffle court, et les joues légèrement rougies que je comprends. Elle m'arrive même pas au menton. Même pas perchée sur ses talons. Elle est toute petite, Carla.

"Ben? Tu t'es perdue?"

Elle a un sourire, et hausse les épaules, en réajustant sa queue de cheval. Elle est jolie, Carla, avec ses grands yeux verts et ses cheveux bruns. Et comme elle est toute petite et toute menue, je suis sûr que y'a plein de garçons qui rêveraient de la protéger. Comme Ethan, par exemple. Il vendrait père et mère, pour ça. Mais elle ne s'en rend pas compte, parce qu'elle est amoureuse de moi. Je le sais, elle me l'a dit. Même si elle sait qu'elle a aucune chance. Elle voulait que je sache.

"Mais non. C'est la prof d'anglais, qui s'est sentie obligée de nous retenir plus longtemps, parce qu'elle est arrivée à la bourre."

Elle fait la moue, et ça me fait marrer. Ethan aussi, il sourit. Faut dire qu'elle est craquante, quand elle fait la moue, comme ça.

"Quand vous aurez fini de vous payez ma tête, vous viendrez fumer avec moi?"

"Non. Mais on peut t'accompagner, si tu veux."

Elle lève les yeux au ciel, et enfonce les mains dans la poche de sa veste, pour en sortir sa dose de nicotine. Et puis elle se dirige vers la sortie, perchée sur ses escarpins rouges vifs. Quand je prends le temps d'y penser, je me dis que c'est quand même un peu une pouffe, Carla. Même si elle est amoureuse de moi, elle drague tout ce qui bouge. En même temps, je serais une fille, et je serais comme elle, je pense pas que je m'en priverais non plus.

Donc on se retrouve dehors, dans le froid. Il n'a pas encore neigé, cette année, mais ça ne saurait tarder. Et j'ai hâte, rien que pour voir la tête de Carla quand elle sera obligée de marcher dans cinq centimètres de neige avec ses jolies chaussures. Peut-être qu'elle mettra des bottes. Je sais pas. Je m'en fous, en fait, de ce qu'elle porte. Même si je sais qu'elle le porte bien.

Elle s'assied sur un banc, et Ethan et moi, on se laisse tomber sur un autre, face à elle. Il est midi. On devrait se chercher quelque chose à manger, comme tous les élèves normaux. Seulement, on attend que Carla ait fumé deux clopes, et puis on y va, quand le raz-de-marée est terminé. On va pas à la cantine, parce que c'est super cher, et dégueulasse. En général, on se prend un sandwich dans une des boulangeries pas loin du lycée.

Là, on est tous silencieux, Ethan, Carla et moi.C'est ça que j'aime bien avec eux. Quand il n'y a rien à dire, ils se taisent. Ils se sentent pas obligés de meubler le silence, de parler pour ne rien dire, à tort et à travers. C'est un silence confortable. Chacun plongé dans ses pensées, et un sourire sur les lèvres de l'un ou l'autre, quand des regards se croisent.

Elle finit sa deuxième clope, et l'écrase dans un cendrier pas loin. On se lève comme un seul homme, et on file acheter nos sandwiches. Et puis une fois nos achats faits, on se repose sur les bancs qu'on vient de quitter. Et entre temps, pas un mot n'a été prononcé. J'aime bien être avec eux. C'est reposant. Sauf quand les soupirants de Carla débarquent et nous prennent le chou. Mais aujourd'hui, il fait trop froid pour qu'ils sortent. Alors ils restent dedans, et nous foutent la paix. Tant mieux.

"Oh..."

Ca, c'est Carla, qui sourit, en regardant le ciel. On échange un regard avec Ethan, et puis on fait pareil. Et on sourit aussi. Il neige. La première neige de l'année. C'est toujours la plus belle, la meilleure. Celle qui vous fait sourire comme des cons sans que vous sachiez pourquoi. C'est celle là, précisément. Ma préférée, parce qu'elle fait oublier leurs soucis aux gens, et qu'elle les fait rêver. Même si le lendemain, ils râleront, parce que cette putain de neige elle complique la circulation en train, en bus, et en voiture. Pendant quelques instants, y'a tout le monde qui sourit. J'aime bien, cette neige là.

Mais bref. Je ne vais pas m'extasier dessus pendant des heures non plus. Faut pas déconner. Donc je retourne à mon sandwich, l'air de rien, et une fois mon repas avalé, je me souviens d'un truc.

"Merde !"

Evidemment, j'ai droit à un regard outré de la part d'Ethan, alors que Carla se contente de me fixer d'un air interrogateur. Elle a l'habitude de mes jurons, elle. Mais Ethan, il devrait aussi avoir pris le pli, depuis le temps... Bon. Ne pas chercher à comprendre.

"Qu'est-ce qu'il y a?" Qu'elle demande, Carla.

"J'ai oublié que je devais voir Bouddha dans la salle quinze."

J'ai vraiment une mémoire de poisson rouge. Surtout en ce qui concerne les cours, et ce que les profs me racontent. En revanche, je suis capable de réciter par coeur les codes pour avoir les armes et les trousses de soin illimités dans Tomb Raider. Ca sert pas lors des examens, mais ça impressionne toujours les gens à qui je les sors. On fait ce qu'on peut. Au fait, Bouddha, c'est pas le dieu, hein. C'est un prof. Et on l'appelle comme ça, parce qu'il est gros, comme Bouddha, et qu'il est toujours zen. Comme Bouddha aussi.

"Ben. Tu attends quoi pour y aller, alors?"

C'est une bonne question qu'il me pose là, Ethan. Sauf que je ne prends pas la peine d'y répondre, et je file. Parce qu'avec un peu de chances, Bouddha m'attend encore. Enfin. Chance. Ca dépend de quel point de vue on se place, juste. J'arrive devant la salle quinze. Je m'arrête, deux secondes, histoire de reprendre mon souffle, et j'ouvre la porte. Et je reste sans voix, le souffle presque coupé. Je sais pas combien de temps passe alors que je reste planté comme un con, et que deux paires d'yeux me fixent. L'un des propriétaires d'une des paires d'yeux a un sourire amusé, un peu moqueur, alors que l'autre propriétaire rougit et baisse les yeux.

Je bredouille un vague "désolé" et je sors, en refermant la porte. J'hésite à scotcher un panneau "Ne pas déranger" sur la foutue porte, mais je m'abstiens. Je suppose que si ces deux charmants jeunes hommes ont décidé d'avoir leur séance de sexe ici, c'est que l'idée d'être dérangés ne leur posait pas plus de problèmes que ça. Et donc, sans avoir vu Bouddha, mais tout à fait autre chose, je sors, et je rejoins Ethan et Carla.

"Ben? C'est quoi c'te tête? T'as vu un fantôme?" demande Carla.

Ah. Visiblement, je dois encore avoir l'air sous le choc. Je secoue la tête et je vide la bouteille de cola qui faisait partie du menu que j'avais pris. Et puis je la jette à la poubelle, un magnifique lancer, dont j'aurais été fier dans d'autres circonstances.

"Euh... Ewen... Ca va?"

Je me tourne vers Ethan, et je hoche la tête. Oui, ça va.

"Qu'est-ce qu'il s'est passé?" Encore Ethan.

"Ben... Quand je suis entré, j'ai vu Kyle et Michael, très occupés."

Carla comprend, et se marre, alors qu'Ethan me regarde de son air un peu niais qu'il a quand il comprend pas.

"Ils révisaient?"

Ce mec est tellement innocent que ça risque d'être dangereux pour lui un jour. Sérieusement. C'est le genre de type qui accepte les bonbons que donnent les mecs louches dans la rue, qui dit bonjour quand on le dévisage, et qui pense encore que les clochards qui font la manche la font pour manger et pas pour s'acheter leur litre de rouge.

"Non, ils baisaient."

Au moins, comme ça, il sait, merci Carla. Du coup, il écarquille les yeux, et rougit violemment, le pauvre Ethan. Et du coup, il dit rien, et fixe ses mains d'un air gêné.

"Ca te rassure?"

Je comprends pas pourquoi Carla me pose la question. Ou si, mais j'ai peur de comprendre, je crois. Alors c'est comme si mon cerveau refusait de comprendre pourquoi elle me la pose, cette foutue question.

"Pourquoi?"

Elle me fait un sourire qui fait peur. Une jolie fille comme elle, ça devrait pas avoir le droit de faire des sourires pareils. Des sourires de déments, qui prennent la moitié du visage, et qui donnent un air dark et tourmenté, ou alors qui vous donnent l'impression que si vous faites pas gaffe, le gens au sourire va vous bouffer tout cru. Bref. Un sourire très moqueur et très narquois.

"Parce qu'au moins tu sais que t'es pas le seul pédé."

Si j'avais été en train de boire quelque chose, je crois qu'elle se le serait pris dans la figure. Parce que je crois que je lui aurais tout recraché dessus. Nan mais j'y crois pas ! Vas-y, dis le plus fort, je crois que le mec à l'autre bout de la ville t'a pas entendu ! Et puis elle devrait être triste, d'abord. Elle est pas supposée être amoureuse de moi?

"Q... Quoi?"

Ah, Ethan se réveille, et moi, je me tais, parce que je les boude. Je la boude elle, parce qu'elle me fait faire mon coming out, alors que c'était pas prévu aujourd'hui, et je le boude lui, parce que depuis le temps que je le lui fais comprendre en usant de subtilité, il vient de le remarquer, grâce à elle. Tu parles d'amis.

"Bah oui, il est pédé. Tu savais pas?"

Grand sourire de Carla. Je crois que je pourrais lui faire bouffer ses foutus escarpins, là. Non mais ça sert à quoi une amie pareille? Déjà, non. C'est plus mon amie. Dès demain, je l'inscris sur la liste des gens à éradiquer de cette planète en vue d'en faire un monde meilleur.

"N... non. C'est vrai, Ewen?"

Et lui aussi, je l'ajoute sur cette foutue liste. Parce que ne pas l'avoir compris au stade où il en est, c'est grave.

"Bonne question, c'est vrai?"

Ah non, c'est qui ça? Qui c'est qui se mèle des conversations privées des autres? Enfin, elle aurait été privée, si Carla n'avait pas crié dans toute la cour que je suis pédé, bordel de merde. C'est pas possible ça. Donc je tourne la tête, et je crois que je pâlis. C'est Kyle. Celui qui m'a souri alors qu'il était autrement occupé avec Michael.

"Bien sûr que c'est mfffff !"

Ca c'est Carla, avant que je ne plaque ma main sur sa bouche pleine de gloss. J'aurai la main dégueulasse après, mais c'est pas grave. Tout pour la faire taire. Même si en fait, c'est pas la peine, vu qu'elle a déjà dit l'essentiel. Du coup, je la relâche et j'essuie ma main à la serviette qu'on m'a donnée à la boulangerie. Et j'évite soigneusement leurs regards à tous les trois. Surtout celui de Kyle. Parce que je sais qu'il est narquois.

"C'est bon à savoir."

Quoi? Mais non. Mais pourquoi les gens peuvent pas me lâcher la grappe? J'aime pas les filles, j'aime pas les filles, c'est tout, pas la peine d'en faire toute une histoire ! Est-ce que je pique une crise parce qu'Ethan il aime pas les garçons? Non mais. Et comme j'en ai marre qu'on se mêle de ma vie privée, et que visiblement, c'est le seul sujet abordable ici, je me lève, et je me casse. Je rentre chez moi, même. Rien à foutre des cours que je rate.

Mais évidemment, le lendemain, je suis fidèle au rendez-vous, comme un bon lévrier afghan. Carla me sourit, d'ailleurs. Et je remarque qu'elle n'a pas mis ses escarpins, mais qu'elle porte effectivement des bottes. A talons, évidemment. Par contre, je comprends pas pourquoi elle porte une jupe alors qu'il neige. Mais ça, c'est les filles et leur mentalité bizarre. J'y comprends rien, aux filles, moi. Et j'essaye pas, mais ça, je suppose que vous l'avez compris, entre temps.

"Tu boudes toujours?" qu'elle me demande.

"Non, mais je devrais."

Elle a un gentil sourire, et repousse une mèche derrière son oreille. Elle a les cheveux lâchés aujourd'hui.

"Désolée. J'aurais pas dû le prendre à la légère."

Je hausse les épaules, et j'enfonce mes mains dans les poches de mon jean. Pas la peine d'en faire une histoire. Et mentalement, j'efface son nom de la liste des gens à éradiquer pour faire de ce monde un endroit meilleur. Parce qu'avec son sourire tout craquant, et tout piteux, elle me fait totalement fondre. Je la prends même dans mes bras. Mais pas trop longtemps, parce que je suis pas à l'aise, avec les filles. Physiquement. Même avec elle.

Et évidemment, c'est ce moment que choisit Kyle pour passer. Et alors qu'il m'a jamais adressé la parole jusque là, à part dans les travaux de groupe, quand les profs nous foutaient ensemble, il s'arrête, et me sourit. Le même genre de sourire un peu moqueur. Et limite... prédateur? Oh non...

"Tu m'as pas l'air si pédé que ça."

Evidemment, fallait qu'il la ramène. Il m'agace ce mec, je sais pas pourquoi. Peut-être parce que je l'ai surpris dans une position compromettante et que c'est quand même lui qui a le dessus, là. C'est pas normal. ... Mais à y bien penser, je suis sûr que même si je lui balançais que je l'ai vu sauter Michael, au beau milieu de la cour, il arriverait à faire tourner la situation à son avantage. Y'a des gens comme ça qui arrivent à faire en sorte que tout leur soit bénéfique. C'est vraiment pas juste.

"Qu'est-ce que ça peut te foutre?" que je lui réponds, sur un ton pas tout à fait aimable.

Il hausse les épaules, sans se départir de son sourire.

"Ca serait dommage, c'est tout."

Et sur ce, il s'en va. Et Carla me regarde avec un sourire amusé. Et avant qu'elle ne me dise qu'il me fait du plat, ce que j'ai remarqué tout seul, merci bien, je lui dis.

"Ca ferait quoi, tu crois, si je lui tapais la tête contre un mur?"

Son sourire s'agrandit.

"Chais pas moi... Ca ferait Pam ?"

Je la regarde, en clignant des yeux.

"Pam?"

"Pam."

Et on explose de rire, comme des cons. C'est ça aussi que j'aime bien avec elle. C'est facile de rire, c'est facile d'être à l'aise. Et même si c'est un peu une pouffe, c'est pas grave. Je l'aime quand même. Et je suis content de ne pas l'avoir éradiquée, au final.

Bien évidemment, c'est quand on est pliés de rire qu'Ethan débarque. Et il nous regarde, l'air de dire qu'on est complètement cinglés. Et je crois que peut-être il a raison. Peut-être qu'on est barrés, cinglés, givrés, frappés, tout ce que vous voulez. Mais au moins, on s'amuse. Alors que lui, il a du mal à lâcher la pression. Mais je l'aime aussi, hein. C'est mon meilleur ami, après tout. Je regrette juste de pas pouvoir partager de vrais gros fous-rires avec lui.

On lui explique pas pourquoi on rit. Je suis pas sûr qu'il aurait rit de toutes façons. Et ça se raconte pas bien, c'est le genre de choses qui se fait tout de suite, qui est spontané. Mais une fois qu'on a retrouvé notre calme, on discute calmement. De ce qu'on a mangé la veille, ce qu'on a fait hier soir. Ou d'autre chose. Jusqu'à ce que la cloche sonne et qu'on doive rentrer en cours.

Manque de bol, ce coup ci, on est dans des classes séparées, et donc je me retrouve seul. Enfin, ça c'est ce que je croyais. Parce que Kyle vient s'asseoir à côté de moi, sans rien dire. Il me sourit, tout simplement, et se pose. Je retiens un soupir, parce que je suis quand même un minimum bien élevé. Donc je le laisse faire. Parce que je ne pense pas qu'il soit du genre à m'emmerder. Même si j'en sais rien, vu que comme je l'ai déjà dit, je ne le connais absolument pas.

Mais effectivement, il ne me dérange pas, et on est tous les deux avachis sur la table. Ca m'arrache même un sourire. Et comme il a les yeux fermés, j'en profite pour l'observer. Pourquoi je fais ça, j'en ai aucune idée. Mais en tous cas, je le fais. Et je remarque que ses cheveux ne sont pas naturellement noirs, qu'il a les sourcils et les cils plus clairs. Je remarque aussi qu'il a un beau visage, harmonieux, et doux, même si sa mâchoire est un peu anguleuse. Il a une cicatrice au-dessus d'un sourcil, elle est toute légère, toute discrète, et je me demande d'où elle vient. Ses lèvres sont entrouvertes, et... Je me sens con de penser ça en plein cours, mais je suis sûr qu'elles sont douces. Elles ont l'air, en tous cas.

Quand la cloche sonne, je ne m'attarde pas, et je sors, dans le coin fumeur enneigé, parce que je sais que Carla et Ethan me retrouveront là. J'avoue que je me suis précipité, parce que je me sens con de l'avoir observé comme ça. Je suis certain qu'il le sait en plus. Et qu'il va trouver un moyen bien humiliant de me le faire sentir, qu'il sait.

Je m'adosse au tronc d'arbre derrière le banc et je soupire, en fermant les yeux. J'espère que Carla et Ethan seront pas retenus trop longtemps. Même si on est silencieux, des fois, quand on est ensemble, c'est mieux que d'être seul.

Je souris, en entendant des pas dans la neige. Elle crisse encore, j'aime bien... Sauf que visiblement, c'est ni Carla, ni Ethan, parce que la personne dépose ses lèvres sur les miennes. Et ça n'est pas dans les habitudes de mes amis, d'embrasser les gens sans prévenir. J'ouvre les yeux, du coup, pour voir qui c'est. Et je me demande pourquoi j'ai pris la peine de le faire, parce que c'est Kyle, et que c'était évident que c'était lui. Je le repousse, sans douceur. Et j'ouvre la bouche, pour demander des explications, mais il me devance.

"T'as une cigarette?"

"Euh... Aah... non, je fume pas."

"C'est pas grave, moi non plus."

Et sur ces paroles totalement incohérentes, il se laisse tomber à mes côtés. Ce mec me dépasse totalement, et je sais absolument pas quoi faire. Pourtant, c'est pas mon genre. Pas mon genre du tout, de me laisser faire comme ça. Mais là, je sais pas quoi faire.

"T'es franchement bizarre."

C'est tout ce que je trouve à dire, et c'est minable. J'en ai bien conscience. Mais lui, ça le fait sourire, et il étire son bras derrière moi, et le pose sur le banc, l'air de rien.

"C'était folklorique, comme coming-out."

D'un coup, je me demande si lui taper la tête contre le tronc d'arbre, ça ferait pam aussi. Fallait qu'il revienne là dessus? Je lui collerai bien une paire de claques, mais franchement, j'ai la flemme. Et je ne suis pas sûr qu'il en vaille la peine. Mais je veux bien lui accorder le bénéfice du doute, parce qu'il est mignon.

"Je m'en serais bien passé, hein."

"Ca m'arrange, moi."

"Ah?"

Il hoche la tête, et son sourire à la fois moqueur et prédateur revient. Ca y est, il revient me faire du plat en force. Comme si son baiser volé n'était pas assez clair. Merci, mais je suis pas débile.

"Je savais pas que tu préférais les garçons. Je pensais que t'étais avec Carla, c'est pour ça que je t'approchais pas."

Il me prend pour un con. Il veut vraiment me faire avaler ça?

"Tu veux vraiment me faire avaler ça?"

Et au regard qu'il me lance, je comprends que j'ai pas utilisé mes mots judicieusement.

"Non. Totalement autre chose, mais je pensais qu'il valait mieux ne pas aborder le sujet en plein milieu de la cour."

J'ai chaud d'un coup. Et je sais que c'est parce que je rougis. Il me fait rougir ce con là ! J'y crois pas. Du coup, je suis encore plus gêné parce que je remarque que je rougis, et c'est un cercle vicieux, et si personne ne fait rien, je risque pas de m'en sortir.

"C'est mignon, tu rougis."

Et je vais bredouiller aussi, si tu fermes pas ta gueule. Et bien sûr, sa remarque ne fait rien pour m'aider à me sortir de là. Du coup, j'ai beaucoup de mal à ne pas lui taper la tête contre le banc, que ça fasse pam ou pas, je m'en fiche. J'ai envie de lui faire payer de se foutre de moi.

Sauf que visiblement, ça ne lui suffit pas, et sa main se glisse dans ma nuque, et elle est froide, et ça me fait frissonner. Lui, il sourit, et avant que j'ai eu le temps d'enregistrer quoi que ce soit, il m'embrasse. Mais pour de vrai, cette fois. Et comme je suis très, très con, et surtout très très pas dans mon état normal, je lui réponds.

C'est ce moment là que choisissent Carla et Ethan pour arriver, et je sais qu'ils sont là, parce que Carla glousse, et Ethan se racle la gorge. Mais très franchement, je m'en fous. Je suis occupé à autre chose. Et puis quand même, on se sépare, histoire de respirer, et Kyle me sourit. Du coup, je regarde ailleurs, parce que sinon je vais m'énerver, parce que j'aime pas les sourires narquois "je t'avais bien dit que".

Et là où je regarde, je vois que Carla et Ethan se tiennent par la main. Ethan rougit devant mon air éberlué, et Carla sourit. Et tout ce qu'elle trouve à dire, c'est :

"N'empêche. Ca, c'était du coming-out."




Contraintes :

- L'histoire commence par un gros mot dit par l'un des personnages.
- Ca se passe dans un lycée miteux (pas de scènes à l'extérieur, ou alors juste devant).
- Une pouffe amoureuse du héros.
- Un prof qui a "Bouddha" comme surnom parce qu'il est gros et toujours zen.
- Le héros trouve un de ses camarades de classe en train de baiser dans une salle de classe, ça le fout franchement mal à l'aise, et donc le gars en train de baiser décide de faire du héros son prochain amant.
- L'histoire se passe en hiver.

A placer :
"Chai pas, moi, ça fait "pam"" hors de son contexte premier.
"T'as une cigarette?" "Ah non désolé, je fume pas." "C'est pas grave, moi non plus."


Posté par Rupy à 20:47 - Commentaires [9] - Permalien [#]


Commentaires sur Ca fait "pam".

  • Wah

    Je viens de découvrir ce ch'tit blog dans la liste de ceux de Lily, et je suis absolument pas mécontente d'avoir cliqué dessus. Superbe texte aux contraintes parfaitement respectée. Plume légère et style fluide, j'aime beaucoup.
    J'espère avoir l'occasion de vous lire de nouveau !

    Posté par Saya, 06 nov. 2007 à 01:06 | | Répondre
  • LA SUITE LA SUITE OU SINON JE CASSE TOUT

    WAHHHH >_<
    Bon ok je me tais =)

    Posté par Blue, 28 nov. 2007 à 21:39 | | Répondre
  • Je suis tombée ici aux hasards des liens, et je dois avouer que j'ai bien ri ! Cette nouvelle est très bien écrite, elle se lit bien, les répliques sont cultissime, et chapeau pour l'introduction des contraintes.

    Je vais prendre ma carte de fan ! =)

    Posté par Cedrick, 16 mai 2009 à 20:26 | | Répondre
  • Moi j'suis fan de Marianne. D'abord. \o/
    (pauvre Michael quand même... mais c'est sa faute ila avit qu'à pas se faire pousser la moustache ! >.< *sort*)
    Haha j'me joindrais bien à vous mais en fait non~

    Posté par Berry, 24 sept. 2007 à 16:47 | | Répondre
  • Accessoirement je suis trop un boulette parce que j'ai pas bien vérifié mes fautes de frappe.
    Donc on va dire "Mariane" et puis " il avait qu'à"

    Posté par Berry, 24 sept. 2007 à 17:19 | | Répondre
  • J'adore, c'est trop fort, trop bien écrit, et puis c'est marrant n___n

    Continue Marie-chouw, encore, encore ! <3

    Posté par Kima, 24 sept. 2007 à 18:40 | | Répondre
  • Haaaan, j'adore ! *____*
    Yeah, moi aussi je suis fan de Mariane! \o/
    Na.
    <3

    Posté par Lily, 24 sept. 2007 à 23:37 | | Répondre
  • ADDICTED \o/ !
    * Prend la carte de membre du fanclub *
    <3
    Mariane ROX !

    Posté par Blue, 26 sept. 2007 à 19:08 | | Répondre
  • Bon.
    Et après ?
    *s'ennuie*

    Posté par Berry, 03 oct. 2007 à 20:41 | | Répondre
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