05 janv. 2008

Ô capitaine, mon capitaine.

  Bon sang mais qu'est ce qui avait bien pu lui passer par la tête ? Se jeter comme ça dans une aventure aussi ridicule sur un coup de tête... Non mais vraiment. Il y avait bien longtemps qu'il n'avait pas agit de manière aussi infantile. D'autant plus qu'il était trop tard pour se retirer, maintenant. Ce qui était fait était fait et dans le cas présent il ne pouvait pas revenir en arrière.

  Il se cogna la tête contre la table avec un soupir désespéré. Ses parents devaient s'inquiéter. Et ils appelleraient sûrement la police. A dix sept ans et vivant encore sous leur toit, il n'était pas supposé disparaître du jour au lendemain. Surtout sans prévenir.

  Mais qu'est ce qui lui avait prit ?

  Il voyait encore les yeux larmoyants d'Amélie, l'implorant de ne pas la quitter, jurant que jamais elle ne recommencerait. Il se souvenait être sortit néanmoins, ne supportant plus l'odeur qui régnait dans la chambre. Elle l'avait suivie, le tirant par la manche, pleurant Il se souvenait aussi qu'elle était pieds nus et en sous-vêtements. Pour le retenir, elle n'avait pas hésiter une seconde à sortir comme ça, devant tout le monde... Elle était même allé jusqu'à se jeter à genoux et lui sangloter la plus belle et la plus sincère tirade jamais composée sur l'amour, et entièrement improvisée. C'était dire si c'était honnête.

– Tu devrais remettre ton pantalon, quand tu dis de si belles phrases, si tu veux avoir l'air crédible.

  Les sanglots avaient alors redoubler. Il savait que ce qu'il venait de dire était cruel, mais le choc avait été trop grand pour qu'il s'apitoie. Il avait continué à avancer droit devant lui, insensible aux pleurs d'Amélie. Elle se consolerait vite. Elle était jeune, belle, drôle... Et surtout elle avait déjà trois paires de bras dans lesquels se réconforter.

  Bref, ça n'avait plus d'importance. Lui aussi s'était vite remis. Il avait d'autres problèmes, à présent. Comme celui d'avoir voulut se bourrer la gueule dans un bar où il avait raconté sa mésaventure à un espèce de taré de dix-neuf ans aux cheveux noir, qui lui aussi avait décidé de boire jusqu'au matin.

  Allez savoir comment la conversation a dérivé sur l'océan, la liberté qu'on y éprouvait... Car le type en question était marin. Au fur et à mesure que le gars racontait ses aventures sur la mer, Natanael, dont l'esprit était resté relativement clair, comprit un point important :

– Tu es un pirate ? se souvenait-il avoir demander.

– Et comment ! s'écria le type, lui totalement soul.

  Il se souvenait aussi avoir ricaner à cette annonce.

– Tiens donc. C'est vrai qu'à notre époque, il y a une foule de bateaux qui traversent les océans. Ca doit être rentable, comme métier.

  Malgré l'état auquel le type était réduit, il avait décelé l'ironie dans les paroles de Natanael.

– Plus que tu ne sembles croire, avait-il répondu. Et pour ton information, jeune impudent, il y a effectivement une foule de bateaux sur les océans à tout instant du jour.

  La seule chose qui avait traversé l'esprit du jeune impudent était que le fait qu'un mot pareil puisse venir à l'esprit d'un auto-proclamé pirate, qui semblait à présent plus rempli d'alcool que de sang, tenait de la science-fiction.

– Ce serait quand même plus rapide d'attaquer des banques, fit-il remarquer d'un air neutre.

  Le pirate brandit alors son poing sous le nez de Natanael, qui ne fut pas impressionné le moins du monde. Le dit-pirate semblait plus être un guignol qu'autre chose.

– Mais qu'est ce que tu fais de l'aventure dans tout ça ? Attaquer une banque ? La belle affaire ! L'adrénaline que ça provoque n'a rien de comparable !

  Encore ? C'était des répliques plutôt lucide pour quelqu'un dans sa situation.

  Natanael se surprit à songer à l'air marin et à l'aventure. Changer d'air. Il en avait bien envie après ce qui venait de se passer. S'il prenait la mer ce soir, il n'aurait pas à affronter le visage d'Amélie le lendemain. Il n'aurait pas à supporter ses larmes. Ni les commentaires compatissant de ses amis qui lui diraient que de toutes façons, il méritait mieux et que cette fille n'était qu'une salope... Il ne voulait pas entendre ça. Pas alors qu'il n'était pas sûr de ne plus aimer la jeune fille. Et s'il l'aimait toujours et une fois calmé, la voir pleurer lui briserait certainement le cœur au point qu'il lui pardonnerait et effacerait tout. C'était simplement hors de question.

  Il leva la tête vers le pirate et poussa un profond soupir.

– C'est vrai que, comme ça, ça semble plutôt chouette de partir en mer, avait-il dit. Je devrais peut-être faire ça...

– Tu veux dire que tu devrais devenir un pirate ?

– C'est pas ce que...

  Il s'interrompit et regarda le type en face de lui pendant quelques minutes. Après tout pourquoi pas, s'était-il dit. Ca pouvait être drôle, avait-il encore penser avant d'acquiescer bêtement.

  Et voilà comment il s'était ridiculement retrouvé pirate sur un bateau. Sur un coup de tête. Il n'avait même pas l'excuse d'avoir été bourré.

  Depuis ces deux derniers jours, il se surprenait souvent à maudire Amélie. Si elle avait joué les petites amies fidèles et pas les dévergondées en quête de nouvelles expériences, lui ne se serait jamais fourré dans une galère pareille.

  Et la pseudo aventure dont le pirate lui avait parlé, elle n'avait rien de franchement excitant. Mais ça, Natanael l'aurait parié. Il était relégué à la cuisine. Woohoo. Joie et allégresse. Un jour, il écrirait sa biographie où il raconterait comment il avait passé cinquante ans de sa vie à éplucher des légumes dans une cuisine qui tangue. Il reniflait déjà le best-seller. Oh oui, ça serait une histoire palpitante...

  Il frappa à nouveau sa tête contre la table pour chasser ses idées noires. Mais ça ne marchait pas. Il reprit donc son épluchage de carotte avec un soupir, quand soudain – mauvaise humeur de l'océan, sans doute – le bateau tangua étrangement fort et le légume échappa des mains du jeune homme. Il se leva pour la ramasser, songeant avec mélancolie que s'il s'appliquait assez, il pourrait écrire tout un chapitre sur cette mésaventure dans son livre futur. Il aurait plutôt intérêt à faire cela, étant donné qu'il ne se passerait pas grand-chose d'autres...

  A peine fut-il assis que la porte s'ouvrit violement et que le pirate à qui Natanael devait son bonheur entrait précipitamment dans la cuisine.

– Ca alors ! s'exclama-t-il. Tu as sentit cette vague ? Elle était immense !

  Natanael ne prit même pas la peine de répondre. Du moins, il ne voulait pas en prendre la peine, mais l'autre insistait tellement qu'il se finit par accepter la conversation :

– Oui, j'imagine que ça doit être un changement inattendu de la météo, soupira-t-il.

– Non, pas du tout. Il fait toujours aussi beau, et rien ne laisse imaginer qu'il puisse faire mauvais temps...

– C'est pour ça que je dis inattendu.

  Le pirate pointa alors un doigt accusateur sous le nez de Natanael.

– Toi, je vois bien que tu me prends pour un imbécile. Sache juste que je connais la mer depuis que je suis tout petit. S'il y avait un changement de météo, je le saurais.

  Natanael continua son travail avec une concentration bien plus que suffisante comparée à la difficulté de sa tâche. Tout pour ne pas écouter les bavardages inutiles du pirate.

  Et dire que ce type à peine plus âgé que lui était le capitaine de ce bateau rempli de grosses brutes, dont la masse musculaire d'un bras devait atteindre environ le poids total de Natanael. Lui. Capitaine. Alors qu'il atteignait tout juste la taille normale des gens de son âge. Il était au moins dix fois moins musclé que tous les autres membres de l'équipage – Natanael non compris. Non pas qu'il fût chétif, mais tout de même... C'était surprenant de voir ces grands costauds obéir au doigt et à l'œil de ce type à peine adulte.

– Tu devrais prendre l'air, lui conseilla le capitaine. Ca te ferait du bien, j'en suis sûr. L'aventure c'est pas de rester cloîtré à la cuisine pendant tout le voyage.

  Natanael leva les yeux au plafond, et juste alors qu'il était sur le point de lui répondre qu'il n'avait pas vraiment envie et qu'il se plaisait bien loin de l'aventure, le capitaine l'empoigna et le traîna sans ménagement hors de la cuisine. Et le garçon eût beau tiré comme un fou, il ne parvint pas à récupérer son bras.

  Il fût donc contraint de sortir au grand jour.

  Une fois sur le pont, le capitaine le lâcha enfin, et se fut avec un grand bonheur que Natanael récupéra son bras. Le capitaine se tourna vers lui avec un grand sourire, visiblement satisfait.

– Alors c'est pas beau ça ? demanda-t-il. L'océan à perte de vue.

  Natanael regarda rapidement autour de lui. Il ne pu s'empêcher de penser qu'Amélie était bien plus belle que la mer. Mais il se garda bien de le dire, ne sachant pas trop comment les gros bras tout autour prendraient une réflexion sentimental. Néanmoins, cette pensée lui pinça légèrement le cœur.

  Il s'avança près de la barrière de protection et posa ses doigts sur le métal froid. Il regarda la mer. Elle lui faisait penser à Amélie. Que n'aurait-il pas donner pour être près d'elle en ce moment ? Pour la serrer dans ses bras. Pour caresser ses cheveux.

  Il secoua la tête. Même s'il avait pu, c'était hors de question de la prendre dans ses bras. Pas après qu'elle se soit envoyée trois autres en même temps.

  Le capitaine vint à côté de lui. Il soupira, revenant à la réalité. Au présent, plus exactement.

– Le bleu de tes yeux vole tout l'éclat de celui de la mer, lui dit le capitaine, très sérieusement.

  Natanael eût un sourire amusé, à peine surpris par cette remarque. Le capitaine semblait être assez fou pour dire ce genre de choses. Il fallait bien être fou pour devenir pirate de nos jours...

– Oui, ça sonne bien, dit-il. Et ça serait sûrement mieux encore si j'avais les yeux bleus.

  Le capitaine se pencha légèrement pour observer le visage du jeune homme. Effectivement,  il avait un regard chocolat  tout ce qu'il y avait de moins bleu.

  Le plus âgé des deux jeunes hommes se redressa en éclatant d'un grand rire.

– Tiens oui, dit-il entre deux éclats de rire. Comme quoi tout le monde peut se tromper !

  Et il s'en alla, riant toujours, et laissant Natanael tout seul, accoudé à la barrière.

  Il ne savait pas trop combien de temps il était resté là, perdu dans ses pensées. En tout cas, s'était jusqu'à ce qu'une main lui attrape fermement l'épaule et le force à se retourner. Il se retrouva alors nez à nez avec un des costauds de l'équipage.

– Eh gamin, fit le pirate d'un ton plutôt désagréable. Tu devrais pas être entrain de préparer le repas ?

  Derrière lui – et allez savoir pourquoi – tous les gorilles de l'équipage se rassemblaient en demi-cercle.

  Natanael commença par dégager son épaule de l'emprise de la grosse main du pirate, puis regarda l'heure à sa montre.

– Ah oui, c'est vrai, dit-il avec un sourire désolé. Merci de m'y avoir fait penser...

  Il voulut se rendre en cuisine pour remédier à son oubli malencontreux, mais le pirate le retint par le col de son t-shirt.

  Natanael soupira. Super, les ennuis commençaient déjà... Il aurait mieux fait de rester dans sa cuisine, tiens.

– Tu sais, si tu me retiens j'aurais jamais finit avant demain.

  D'ailleurs il n'était pas le genre de garçon qui évitait habilement les problèmes par des courbettes quand ils se présentent.

  Cette remarque ne sembla pas plaire aux pirates. Celui qui était juste devant Natanael avait l'air encore moins apprécier que les autres. Son visage se retrouva pourvu d'un sourire horrible.

– Tu devrais pas rétorquer comme ça, petit, lui-fit. Sinon ça va très mal finir entre nous.

– T'as pas aider, non plus, remarqua poliment Natanael.

  Cette fois, ce fut sur la gorge du jeune homme que se referma la main du pirate. Natanael essaya de ne pas avoir l'air trop effrayé. Il savait bien que c'était ce que le type attendait.

  Non. En fait il voulait se faire supplier.

  Natanael sentit les doigts du pirate se resserraient sur sa gorge. Il s'impatientait.

– Si t'attends que je m'excuse, t'as pas finit.

– Sauf si je continue de serrer, le prévint gentiment le pirate.

– Je sais bien que les pirates sont hors-la-loi, mais quand même... Tuer un membre du même équipage sans raisons ça peut poser problème.

– Mais qu'est ce que tu crois ? demanda le pirate d'une voix menaçante. Les gars derrière moi vont en donner, des raisons.

  Il le relâcha néanmoins, à contrecoeur si on en juger à la moue révolter qu'il avait au visage. Natanael massa sa gorge avec soulagement. A vrai dire, il avait pensé y passer. Ne pouvait-il pas apprendre à baisser les yeux en silence ?

– Je peux y aller ? demanda-t-il en essayant d'enlever la moindre trace de défi de sa voix.

  Le pirate renifla. Natanael ne sut s'il devait prendre ça pour un oui, un non ou à la décision du costaud d'ignorer la question.

  Il semblait qu'il s'agissait plutôt de la troisième option.

– Je suis sûr que tu tètes encore, morveux.

  Mon Dieu, que c'était spirituel. En tout cas, cette remarque fit beaucoup rire les autres membres de l'équipage. Natanael commençait à perdre patience.

– Oui. Ta mère. Ca lui est arrivé souvent d'avoir des montées de lait, dernièrement...

  Pas beaucoup plus spirituel, mais le jeune homme commençait vraiment à se lasser d'être ainsi encercler. Alors soit ils le balançaient par-dessus bord pour le punir de son insolence, et comme ça au moins il était sûr d'avoir la paix, soit ils iraient se plaindre de lui au capitaine qui le débarquerait au prochain port où il pourrait appeler ses parents et oublier toute cette histoire. Enfin... C'était peut être un peu utopique...

  Pendant le petit monologue intérieur du jeune homme, le pirate avait viré cramoisi. Et, comme Natanael s'y attendait, il lui attrapa à nouveau la gorge, serrant encore plus fort qu'avant.

– Qu'est ce que t'as dit ? cracha-t-il. Comment est-ce que tu oses insulter ma famille, toi, sale petit morveux ?

  Natanael ne répondit rien. Pas parce qu'il était intimidé – bien qu'il l'était dans le cas présent – mais parce que le pirate serrait sa gorge trop fort pour lui permettre d'articuler le moindre mot. Et de respirer par la même occasion.

  Un coup de pied bien placé et une course jusqu'aux cuisines où il pourrait s'enfermer jusqu'à ce que les pirates se lassent – ou défoncent la porte, auquel cas il était équipé de casseroles, couteaux... – et il serait hors de danger. Encore fallait-il bien placer le coup et courir assez vite. Et si l'une des deux parties du plan se déroulait mal, son sort serait bien pire.

  Ce qui lui faisait le plus de peine, c'est que dans cette situation critique, la seule personne à qui il parvenait à penser, c'était Amélie.

  C'était récent, c'était normal qu'il y pense tout le temps. Mais tout de même... Mourir en pensant à cette traîtresse... Ca n'avait rien de réjouissant.

  Il la revoyait comme la dernière fois qu'il l'avait vu. A genoux, les larmes roulant sur ses joues et le suppliant de rester. Cette vision lui tordit le cœur et, sans qu'il s'en rende compte, il se mit à pleurer.

  Il entendit des rires au loin.

  Enfin... pas si loin que ça. C'était juste qu'il avait oublié.

  Le pirate le relâcha avec un regard plein de mépris et un sourire immense sur son visage. Natanael se rattrapa à la barrière derrière lui.

– Tu fais moins le malin, maintenant... remarqua le pirate.

  La foule de dispersa en se moquant du jeune homme. Parmi les railleries, Natanael crut entendre quelque chose comme "le petit bébé a bobo...". C'est alors qu'il se rendit compte des larmes qui roulaient sur ses joues. Ils avaient cru qu'il pleurait à cause de la douleur. Tant mieux. S'ils avaient su qu'il pleurait pour une fille, ils se serraient encore plus moqués...

  Le jeune homme se rendit donc à nouveau en cuisine, avec la ferme attention de ne plus jamais en sortir jusqu'à se qu'il trouve un plan pour quitter ce navire de dingue.

 


  Jusque là, Natanael avait tenu sa promesse de ne plus quitter la cuisine. Et c'était il y a en gros quatre jours. Il n'avait, par le fait, plus eût de problème avec l'équipage. Il préparait le repas pile à l'heure à chaque fois, histoire de ne pas leur donner de raisons de s'en prendre à lui. Mais il n'était pas sûr d'être à l'abri pour autant s'il recroisait le chemin du pirate qui avait manqué de peu de l'assassiner.

  Et encore une fois, ça n'était pas ce qui embêtait le plus Natanael. Le problème, c'était encore et toujours Amélie. Il ne pouvait s'arrêter de penser à elle. Et de plus en plus souvent, il se surprenait à regretter de ne pas s'être arrêté pour la prendre dans ses bras ou à vouloir qu'elle soit là, avec lui. Alors il secouait la tête et retournait à ses occupations qui, la plupart du temps étaient d'écrire un "journal" où il écrivait ce à quoi il pensait. D'ailleurs, il gribouillait par-dessus toutes ses rêveries sur Amélie.

  Il était à peu près huit heure du soir lorsque la porte de la cuisine s'ouvrit à la volée. Cela ne pouvait qu'annoncer l'arrivée du capitaine. Natanael referma son cahier à contrecoeur et leva la tête vers son supérieur.

– Ca fait longtemps qu'on ne t'a pas vu dehors, remarqua-t-il.

– Je me sens pas à ma place sur ce bateau, répondit franchement Natanael.

  Le capitaine sembla surpris par cette annonce. Il vint s'asseoir sur le banc à côté du jeune homme qui poussa un profond soupir.

– Qu'est ce qui se passe ? demanda le capitaine.

– Je voudrais rentrer chez moi, avoua-t-il. Mes parents me manquent.

  Et Amélie aussi. Mais ça, il était hors de question d'en parler.

  Le capitaine parut légèrement attristé par cette annonce. Il ne comprenait pas comment on pouvait vouloir quitter ce merveilleux bateau pour revenir à une vie normale. Mais si c'était ce que le jeune homme voulait...

  Ils restèrent un instant silencieux, un peu gênés. Natanael d'avoir avoué la vérité au capitaine et de lui avoir sûrement fait de la peine, le capitaine d'avoir embarqué Natanael sur ce bateau où il était à présent malheureux.

  Soudain, le capitaine renifla une odeur délicieuse. Il se retourna et découvrit que le four était en marche.

– Oh c'est quoi ? demanda-t-il. On dirait de la tarte aux pommes. Sauf avec des fraises.

  Natanael soupira tristement. Il était vraiment irrécupérable...

– C'est de la quiche au saumon.

– Quelle désillusion, murmura le capitaine en s'éloignant du four.

  Il retourna s'asseoir à côté du jeune homme en soupirant.

– Qu'est ce que tu fais quand tu t'ennuies ? demanda Natanael.

– Je lis.

  Natanael se vautra sur la table, le menton posé sur ses mains.

– Moi j'ai pas de livres à lire, soupira-t-il.

– Mais je m'ennuie rarement, ajouta le capitaine. Je me promène et je regarde la mer. J'adore ça.

– Et si on s'en fiche pas mal de la mer, capitaine ? On fait quoi ?

  Le capitaine sembla un peu vexé, mais il ne fit pas la moindre remarque quant à l'impolitesse du jeune homme.

– On reste bêtement dans la cuisine au lieu d'aller apprécier l'air frais. Et on évite de m'appeler capitaine. Je m'appelle Niel.

  Natanael soupira une nouvelle fois.

– Je t'ai dit que je n'étais pas à ma place...

– Foutaises, rétorqua le capitaine. C'est parce que tu ne veux pas !

– Ce qu'il faut pas entendre...

– Allez, sors un peu de cette cuisine et va sur le pont ! Il n'y a rien de plus beau que la mer sous les étoiles !

  Niel se leva, et voulut encore une fois saisir le poignet de Natanael, mais cette fois le jeune homme esquiva la main de son aîné.

– C'est bon, j'abdique, soupira-t-il. Je sors. A mon rythme.

  Le capitaine haussa les épaules et suivit Natanael lorsqu'il quitta la cuisine pour aller sur le pont du bateau. Force lui était de constater que le capitaine avait raison. La mer était magnifique, de nuit. La lune se reflétait sur l'eau, légèrement troublée par les ondulations. On aurait plutôt dit un trait de lumière sur l'océan.

  Le jeune homme alla s'accouder à la barrière pour regarder la mer. Niel vint à ses côtés, lui aussi admirant la vue. Il s'écoula un long moment. Natanael se sentait bien, là, avec le vent humide qui lui soufflait dans la figure. Ca le changeait de l'air renfermé de la cuisine.

– C'est à cause de ton amie ? demanda Niel d'une voix aussi douce qu'il put.

  Natanael fronça les sourcils. De quoi parlait-il ?

– Tu l'aimes encore ? interrogea-t-il.

  Ah...

– Je ne sais pas, répondit-il tristement. C'est vrai que je pense souvent à elle.

  Il hésita avant de répondre, sans trop savoir pourquoi.

– Et que j'ai souvent envie de l'avoir près de moi, continua-t-il finalement. J'aimerais la serrer dans mes bras, mais...

  Il ne finit pas sa phrase. C'était trop bête...

  Et de toute façon, le capitaine n'avait plus l'air d'écouter... Il s'était tourné vers lui et le regardait droit dans les yeux, l'air absent. Natanael eût un sourire amusé. Il allait sûrement encore lui sortir une de ses répliques à deux balles... Il agita doucement sa main sous les yeux du capitaine.

  Niel sembla alors revenir à lui. Il sourit à son tour.

– Tu pensais à quoi ? demanda Natanael.

– Pas grand-chose, avoua le plus âgé des deux jeunes hommes. Je me disais que tes cheveux avaient une belle couleur.

  Disant cela, il avait passé sa main dans les cheveux du jeune homme. Et il la laissa là.

– Ah oui, en regardant mes yeux, se moqua Natanael, indifférent au geste que le capitaine venait de faire.

– Oui, ils ont la même couleur. Ils sont bruns.

– C'est bon à savoir.

  Avec sa main restée dans les cheveux du jeune homme, il le tira doucement vers lui, et lorsqu'il fut assez près, il déposa ses lèvres contre celle de Natanael. Mais il ne les laissa pas longtemps. Il s'écarta bien vite pour voir la réaction du jeune homme. Il n'avait pas cillé. Il ne s'y était tout de même pas attendu à celle-là ?

  Voyant que Natanael ne semblait pas plus gêné que ça, Niel décida de l'embrasser vraiment, pour voir. Et à sa grande surprise, le jeune homme répondit au baiser, déposant en bonus ses mains de part et d'autre du visage du capitaine.  Celles de Niel glissèrent des cheveux du jeune homme jusqu'au bas de son dos.

  A cet instant, et pour la première fois depuis une semaine, Amélie était très loin des pensées de Natanael.



Contraintes :

Qui a dit que les pirates n'existaient plus? Ton personnage principal est un jeune homme de dix sept ans, qui vient de se faire embaucher par un capitaine haut en couleurs. Mais qui est le plus jeune capitaine de toute la piraterie. Dix neuf ans, c'est effectivement plutôt jeune.

Les autres membres de l'équipage ne voient pas l'arrivée de la nouvelle recrue d'un très bon oeil, d'autant plus que le capitaine semble bien aimer le petit nouveau. Ils décident donc de lui faire la vie dure.

A placer :
"Je suis sûr que tu tètes encore, morveux."
"Le bleu de tes yeux vole tout l'éclat de celui de la mer."
"Tu devrais remonter ton pantalon, quand tu dis de si belles phrases, si tu veux avoir l'air crédible."
"On dirait de la tarte aux pommes. Sauf avec des fraises."

Posté par Hayne à 01:00 - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur Ô capitaine, mon capitaine.

  • Ahaaaaaan ~
    C'est jouissif, j'aime.
    <33

    Posté par Lily, 05 janv. 2008 à 01:35 | | Répondre
  • J'aime bien. Sauf la toute fin. Et les fautes d'accord de participe passé qui me donnent envie de m'arracher les veuches (enfin non, pour rien au monde je ne m'arracherai les tifs, mais c'est une façon de parler~ ).
    Mais bref, autrement j'aime <3

    Posté par Berry, 21 janv. 2008 à 22:00 | | Répondre
  • Ah, ben corrige, corrige. Je vais éditer ça.

    Posté par Rupy, 06 févr. 2008 à 00:39 | | Répondre
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